Superaliments d’outre-mer ou trésors locaux ?
Trudi Berchtold | SchweizerBauer du 19 août 2026
Cela s’est reproduit une fois de plus cet été : en feuilletant une revue, j’ai découvert une recette si appétissante que j’ai immédiatement eu envie de la cuisiner. Pourtant, un coup d’œil à la liste des ingrédients m’en a fait passer l’envie.
Sur la dizaine d’ingrédients, un seul provenait de Suisse, ou du moins d’Europe. Tous les autres avaient parcouru la moitié du globe.

En poursuivant ma lecture, je suis tombée entre autres sur des « açai drops ». Je n’en avais jamais entendu parler. Ma curiosité était piquée, j’ai donc commencé à faire des recherches.
La baie d’açai pousse sur un palmier en Amazonie. Elle est principalement cultivée dans l’Etat brésilien du Parà, mais de petites quantités proviennent également de Colombie et du Pérou. Du fait que les baies perdent de leur qualité quelques heures seulement après la récolte, elles sont lavées, dénoyautées, réduites en purée, pasteurisées et surgelées directement sur place. Il n’y a pratiquement jamais de baies d’açai fraîches qui parviennent en Europe.
Aujourd’hui, l’açai est considéré comme un des grands « superaliments ». Les baies contiennent certes des antioxydants, des fibres et des acides gras bénéfiques pour la santé. Cependant, les effets souvent vantés tels que la détoxification, la perte de poids, voire des vertus curatives particulières n’ont pas pu être prouvés scientifiquement de manière concluante. Nos baies locales telles que la myrtille, l’aronia, le cassis ou le sureau offrent également de nombreux nutriments précieux, et cela à deux pas de chez nous.
Quoi qu’il en soit, la principale différence ne réside pas dans la valeur nutritive, mais dans le transport. Près de 9’000 km séparent l’Amazonie et la Suisse. L’açai devant être transporté congelé, il faut ajouter la transformation et une chaîne du froid ininterrompue au long trajet en bateau. Les baies suisses de saison affichent de ce fait un bien meilleur bilan environnemental.
Il en va de même pour d’autres produits à la mode. Le skyr, par exemple, est souvent présenté comme un aliment particulièrement sain. En réalité, il s’agit d’un fromage frais maigre issu de la tradition islandaise. Du point de vue nutritionnel, il diffère peu du séré maigre suisse. Là aussi, il vaut la peine de considérer les alternatives régionales.
Essayer de temps à autre quelque chose de nouveau élargit notre horizon et enrichit les menus. Il vaut toutefois la peine, pour de nombreuses recettes, de se demander si certains ingrédients peuvent être remplacés par des produits locaux. Souvent, le résultat est étonnamment bon.
| Ingrédient exotique | Alternative suisse |
|---|---|
| Avocat | Pois |
| Mangue | Abricots, mirabelles |
| Graines de chia | Graines de lin, de chanvre |
| Lait de coco | Babeurre, crème |
| Noix de cajou | Noix, graines de tournesol |
| Amandes | Noix |
| Noix de pécan | Noix |
| Jus de lime | Vinaigre de pomme |
| Gingembre | Raifort |
| Dattes | Poires séchées, pruneaux secs |
| Beurre de cacahuètes | Crème de noix, crème de noisettes |
| Couscous | Orge perlé, blé Ebly®, grains d’épeautre |
| Baies de Goji | Cassis, cynorrhodon, argousier |
| Quinoa | Millet, avoine |
| Matcha | Thé d’ortie |
| Tofu | Sérac |
Grâce à des températures plus clémentes et à des productrices et producteurs innovants, de plus en plus de cultures, considérées comme exotiques il y a quelques années encore, prospèrent aujourd’hui en Suisse. Le pak choi, la patate douce, le mizuna ou la wasabina poussent maintenant dans de nombreux jardins potagers et dans les exploitations maraîchères suisses. On trouve aussi du riz dans le Seeland, le Vully et au Tessin.
En cuisine, cela ouvre de toutes nouvelles perspectives. Les personnes qui ont envie de déguster un poké bowl, des sushis, du kimchi ou un plat de légumes d’inspiration asiatique n’ont depuis longtemps plus besoin de se tourner vers des ingrédients d’outre-mer. Avec du riz suisse, du pak choi frais, du chou croquant, des légumes de la région et des sources de protéines locales, il est parfaitement possible de reproduire des mets internationaux.
Nos céréales aussi offrent des alternatives intéressantes. L’orge perlé, l’épeautre, l’avoine ou le millet confèrent aux bowls, salades et légumes sautés un caractère qui leur est propre, tout en apportant de la variété dans l’assiette. Il en résulte de nouvelles expériences gustatives, sans que des aliments aient dû être transportés depuis l’autre bout du monde.
Tous les produits exotiques ne doivent pas obligatoirement être remplacés. Mais souvent, les meilleures alternatives poussent juste à côté de chez nous.
En achetant des produits de saison et régionaux, on opte pour des trajets courts, des denrées alimentaires fraîches et une qualité élevée.
Ce faisant, on soutient l’agriculture suisse, préserve de précieuses terres cultivables, renforce la création de valeur régionale et, souvent, on fait aussi des économies. Et, au passage, on redécouvre la grande diversité de nos denrées alimentaires locales.
Sur ce : bon appétit !









